Une visite n'est pas un audit technique
L'inspecteur ou le contrôleur du travail ne remonte pas sur les machines pour refaire les vérifications. Il vérifie que l'employeur est en mesure de prouver qu'elles ont été faites, par qui, quand, avec quel résultat, et ce qui a été fait des réserves. C'est pour cela qu'une entreprise parfaitement à jour de ses contrôles peut repartir avec une observation : les preuves n'étaient pas présentables sur place.
L'article L.8113-4 du Code du travail donne à l'agent le droit de se faire présenter, au cours de sa visite, l'ensemble des livres, registres et documents rendus obligatoires. Les articles L.4711-1 à L.4711-5 listent ces documents pour le champ santé-sécurité.
Les 7 pièces demandées en premier
Dans la pratique, les demandes arrivent presque toujours dans cet ordre :
- Le registre de sécurité lui-même — existe-t-il, est-il sur site, est-il tenu à jour ?
- Le DUERP et sa dernière mise à jour, avec le plan d'actions associé.
- Les rapports de vérification périodique des équipements présents dans l'atelier ou sur le chantier visité — pas ceux du parc entier, ceux des machines sous les yeux de l'agent.
- Le suivi des réserves de la dernière vérification : qui, quoi, pour quand, et la preuve que c'est fait.
- Les autorisations de conduite des opérateurs présents, délivrées par l'employeur (le CACES seul ne suffit pas — voir VGP ou CACES).
- Le rapport de vérification électrique annuel et la levée de ses observations.
- Les vérifications incendie : extincteurs, éclairage de sécurité, dernier exercice d'évacuation.
Le point 3 est déterminant. L'agent choisit une machine au hasard et demande son dossier. Un registre classé par date d'intervention, et non par équipement, rend cette recherche pénible — et une recherche pénible est déjà, en soi, un mauvais signal.
Les cinq erreurs qui déclenchent une observation
Le rapport existe, la levée de réserve non. C'est de loin le premier motif. Une non-conformité relevée en mars, corrigée en avril, mais sans facture de réparation ni contre-visite jointe, reste ouverte au regard du registre.
La date de la prochaine vérification n'apparaît nulle part. Sans échéancier, impossible de démontrer que le suivi est organisé. L'agent en déduit que la conformité est accidentelle.
Le registre est chez le prestataire. Les rapports appartiennent à l'employeur et doivent être sur le site, ou immédiatement accessibles depuis le site. « Je vous l'envoie demain » vaut absence de présentation.
Les accessoires de levage sont oubliés. Élingues, crochets, palonniers : soumis à VGP tous les 12 mois, et rarement suivis avec la même rigueur que les engins. Voir VGP des accessoires de levage.
Le matériel loué n'est pas couvert. L'utilisateur reste responsable de la vérification de mise en service lors de la réception d'un engin loué. Le certificat du loueur doit figurer au registre.
Ce qui se passe après
Selon la gravité, l'agent dispose de plusieurs suites :
- L'observation — rappel de la règle, consignée dans le rapport de visite. Pas de délai formel, mais elle sera vérifiée à la visite suivante.
- La mise en demeure — délai fixé pour se mettre en conformité, généralement de quatre jours à un mois selon l'article L.4721-4.
- L'arrêt temporaire d'activité — en cas de danger grave et imminent, notamment risque de chute de hauteur ou d'ensevelissement (L.4731-1).
- Le procès-verbal — transmis au procureur, avec sanction pénale à la clé.
Face à une mise en demeure, la réponse attendue est écrite et documentée : mesure prise, date, preuve. Un simple courrier affirmant que « c'est corrigé » ne suffit pas.
Comment être prêt sans y passer ses semaines
Trois habitudes suffisent à passer une visite sereinement :
- Un classement par équipement, pas par date. Chaque machine a son dossier : identification, dernier rapport, réserves, prochaine échéance.
- Une preuve pour chaque réserve. Facture, photo, contre-visite : la levée doit être matérialisée.
- Un échéancier consulté chaque mois. Ce sont les dépassements de quelques semaines, pas les oublis massifs, qui font l'essentiel des observations.
Vous pouvez évaluer votre situation avec notre diagnostic en 8 questions, ou récupérer nos modèles de registre au format PDF et Excel. Si votre parc dépasse une vingtaine d'équipements ou s'étend sur plusieurs sites, le registre électronique VGPGO tient l'échéancier, classe les pièces et fournit l'export présentable en contrôle.
Sources
- Code du travail, article L.8113-4 — présentation des documents à l'agent de contrôle.
- Code du travail, articles L.4711-1 à L.4711-5 — conservation des documents de sécurité.
- Code du travail, article L.4721-4 — mise en demeure de l'inspecteur du travail.

