Le cadre réglementaire
L'employeur doit assurer la sécurité de ses salariés et combattre le risque à la source (articles L.4121-1 à L.4121-3 du Code du travail). Lorsque le travail en hauteur ne peut être évité par une protection collective, les équipements de protection individuelle antichute prennent le relais.
Leur vérification est annuelle, réalisée par une personne compétente, avec rapport écrit et inscription au registre de sécurité. Elle concerne aussi bien les EPI que les points d'ancrage et les lignes de vie.
Côté conception, la directive 89/686/CEE a été abrogée par le Règlement (UE) 2016/425, applicable depuis le 21 avril 2018 : marquage CE, notice en français et déclaration UE de conformité sont obligatoires.
Les trois catégories d'EPI
| Catégorie | Risque | Exemples |
|---|---|---|
| I | Risques mineurs | Gants de manutention légère, casquette anti-heurt EN 812 |
| II | Risques intermédiaires | Casque EN 397, chaussures EN ISO 20345, gants EN 388 |
| III | Risques graves ou mortels | Harnais EN 361, protection respiratoire, protection électrique |
Tout ce qui touche à l'antichute relève de la catégorie III.
Le système antichute : trois éléments, pas un de moins
Un système antichute réglementaire, c'est :
- un ancrage conforme à l'EN 795 ;
- un harnais d'antichute EN 361 ;
- une liaison : longe EN 354, longe avec absorbeur EN 355, antichute à rappel automatique EN 360 ou antichute mobile EN 353-2.
S'il en manque un, ce n'est plus un système antichute. Une ceinture de maintien EN 358 ou un cuissard EN 813 ne remplacent jamais le harnais antichute.
La force de choc
Les normes limitent la force transmise au corps après l'arrêt d'une chute à 6 kN, soit environ 600 daN.
| Force transmise | Conséquences probables |
|---|---|
| ≈ 600 daN (6 kN) | Lésions mineures possibles |
| 600 à 1 200 daN | Lésions graves fréquentes |
| > 1 200 daN (12 kN) | Risque vital très élevé |
C'est l'absorbeur d'énergie qui ramène la force sous ce seuil : un absorbeur déployé a fait son travail une fois — il part au rebut.
Ce que nous inspectons sur un EPI antichute
- Sangles : coupure, effilochage, brûlure, usure, déformation.
- Coutures : fil rompu, couture détendue, témoin déclenché.
- Points d'ancrage A, D, ventral : fissure, déformation, corrosion, jeu.
- Boucles et réglages : fermeture complète, verrouillage efficace.
- Indicateur de chute : non déclenché, aucun allongement visible.
- Connecteurs EN 362 : fermeture complète du doigt, verrouillage, absence de déformation.
- Antichutes EN 360 / EN 353-2 : enroulement, blocage, carter, terminaison.
- État général : ni modification, ni peinture, ni ajout.
Durées de vie indicatives : dix ans à partir de la fabrication pour le textile, sans limite pour le métal fonctionnel et identifiable ; 3 à 5 ans ou 4 à 7 ans selon les gammes de casques.
Les points d'ancrage EN 795
| Type | Description | Refus si |
|---|---|---|
| A | Ancrage structurel fixe, boulonné ou scellé | Déformation, fissure, fixation instable |
| B | Ancrage temporaire transportable | Usure, coupure, système de serrage bloqué |
| C | Ligne de vie horizontale flexible (câble) | Câble détérioré, tension insuffisante |
| D | Ligne de vie rigide (rail) | Rail fissuré, chariot bloqué |
| E | Ancrage à masse (contrepoids) | Instabilité, masse incomplète |
Le dossier d'ouvrage technique
Une ligne de vie permanente (type C ou D) doit faire l'objet d'un Dossier d'Ouvrage Technique. Sans lui, le contrôleur ne peut pas conclure : il ne connaît ni la charge admissible, ni le nombre d'utilisateurs autorisés, ni la conception réelle des fixations.
Le DOT contient la note de calcul de résistance du support, la notice du fabricant, le plan et l'adresse d'implantation, les caractéristiques des fixations, le rapport d'essai ou la validation de pose, le procès-verbal de mise en service et le plan de maintenance.
L'inspection se déroule ensuite en sept étapes : documentation, support structurel, fixations, ancrages, ligne flexible, rail rigide, éléments complémentaires (potelets, absorbeurs, plaque d'identification).
Le câble d'une ligne de vie
Les critères sont ceux du levage :
- réduction de diamètre > 5 % : dépose ;
- usure d'un fil > 1/3 de son diamètre : dépose ;
- fils rompus comptés sur la longueur d'un pas mesuré (NF EN 12385-4), les ruptures en vallée comptant plus sévèrement ;
- cage d'oiseau, décommettage, torons écrasés ou en saillie, corrosion sévère, coup de chaleur : dépose immédiate.
Le pas se mesure : câble sous légère tension, nettoyé, deux repères à la craie sur la même arête de toron, deux à trois relevés moyennés. L'ordre de grandeur (6 à 8 fois le diamètre) sert de contrôle de cohérence, pas de valeur de calcul.
Protection collective d'abord
La réglementation privilégie la protection collective : garde-corps permanents ou provisoires, plinthes, filets horizontaux ou verticaux, échafaudages conformes, plateformes de travail, trappes et trémies sécurisées. L'EPI intervient lorsque le risque ne peut pas être supprimé à la source.
En pratique
Nous vérifions vos EPI antichute, vos points d'ancrage et vos lignes de vie sur site, équipement par équipement, avec un rapport numérique remis le jour même et un registre de sécurité tenu à jour. Les seuils cités sont des valeurs de référence : la notice du fabricant prime lorsqu'elle est plus stricte.
Pour aller plus loin, voir la page dédiée VGP EPI, ancrages et lignes de vie, avec les calculateurs de tirant d'air, de durée de vie et de réforme des câbles.

